X.1 Évaluation de la situation initiale

Dans une situation d’urgence humanitaire, l’évaluation de la situation initiale est une première étape cruciale du processus de planification. Elle permet d’obtenir les informations de départ, essentielles à la prise de décision en vue de la mise en oeuvre des interventions. Les principaux objectifs de l’évaluation sont d’acquérir une connaissance élémentaire du contexte et des principaux risques, puis de se familiariser avec les acteurs impliqués. L’évaluation initiale doit apporter suffisamment d’informations pour commencer à élaborer des scénarios d’assainissement et notamment les paramètres de conception spécifiques au contexte. Cette étape se caractérise principalement par différentes méthodes de collecte et d’analyse de données.

Il n’est pas toujours facile de recueillir des informations pertinentes et de bonne qualité, en particulier dans des contextes où celles-ci sont rares du fait d’une absence de données correctement collectées ou analysées, voire parfois par la dissimulation ou la manipulation de données pour des raisons politiques ou personnelles. Les données (voir tableau plus bas) sont des données déjà existantes (par exemple des rapports, des statistiques ou des cartes) généralement disponibles auprès des agences gouvernementales, des structures nationales ou régionales, des clusters WASH ou d’autres organisations actives dans la zone touchée. Elles sont utiles pour se familiariser avec le contexte, mais doivent toujours être considérées avec prudence. Il est conseillé de toujours procéder à la collecte de données primaires (voir tableau plus bas) qui impliquent un contact direct avec les parties prenantes (au moyen d’entretiens, de questionnaires ou d’autres méthodes participatives). La meilleure façon d’évaluer la situation de façon précise est de s’appuyer sur plusieurs sources d’information, qui peuvent être recoupées, comparées et, si nécessaire, complétées par d’autres recherches.

La dimension humaine d’une évaluation initiale ne doit pas être négligée, car elle permet de nouer les premiers contacts et d’établir une relation de confiance avec les parties prenantes. Le rôle des facilitateurs locaux X.12 est essentiel pour ouvrir des portes et accéder à l’information. Les bases de données, si elles existent, ne sont pas toujours facilement accessibles. L’obtention d’informations précises dépend généralement de la bonne volonté des partenaires et des acteurs locaux.

Évaluation initiale de la situation de l’EAH

L’évaluation rapide de la situation de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (EAH) va généralement de pair avec l’évaluation des besoins multisectoriels. L’objectif d’une telle évaluation est d’identifier l’impact de la crise, de faire une première estimation des besoins et de définir les priorités d’action. Cette évaluation est cruciale, même dans une situation d’urgence aiguë ; c’est la base de la réussite d’une intervention d’EAH, qui déterminera in fine si les installations sanitaires sont correctement conçues, utilisées et entretenues.

L’évaluation rapide de l’EAH doit avoir lieu dans les trois premiers jours de la situation d’urgence. La durée de l’évaluation est en principe d’une journée, bien que cela dépende aussi de l’ampleur du désastre, du temps et des ressources disponibles. Il est important que l’évaluation soit coordonnée et supervisée par un professionnel de l’EAH expérimenté et réalisée conjointement avec des acteurs l’assainissement, de préférence familiers du contexte et parlant la langue locale. L’équipe d’évaluation sera si possible composée d’hommes et de femmes. Les compétences suivantes sont requises : ingénierie de l’eau, hydrogéologie, assainissement, hygiène, collecte et gestion des données, ainsi que des compétences sociales. Souvent, les décisions prises au stade initial d’une crise sont basées sur des informations limitées ou en évolution ; il est donc important de prévoir plusieurs scénarios potentiels.

Il existe différentes check-lists pour l’évaluation basées sur les normes humanitaires (voir par exemple celle sur l’évaluation des besoins dans le manuel Sphère). Il est important de partager les informations avec les groupes de coordination concernés (par exemple le cluster WASH) en temps utile et dans un format qui peut être facilement utilisé par d’autres agences humanitaires. L’objectif général des premières évaluations d’EAH est de permettre aux organisations de faire la distinction entre les besoins vitaux urgents et les besoins qui nécessitent une attention ultérieure. Les objectifs spécifiques d’une première évaluation d’EAH sont les suivants :

  • Identifier les conditions d’accès à l’eau et les conditions d’hygiène : sources d’eau potable, couverture du service d’approvisionnement et infrastructures, types d’approvisionnement (par exemple réseaux, robinets dans les maisons, fontaines, camions), opérateurs (publics/privés), prévalence des maladies liées aux matières fécales (par exemple diarrhée, choléra, dysenterie bacillaire, cryptosporidiose) qui nécessitent une vigilance et une gestion spécifiques ;
  • Évaluer les caractéristiques du sol X.3 et les facteurs environnementaux - comme par exemple la présence d’un sol rocheux, d’une nappe phréatique élevée, de zones inondables, des caractéristiques climatiques, etc. - qui peuvent influer sur le choix des technologies d’assainissement ;
  • Identifier les acteurs impliqués dans l’assainissement ainsi que leurs rôles et effectuer une brève analyse des parties prenantes ;
  • Évaluer les principales pratiques d’hygiène, les habitudes culturelles et les tabous liés à l’eau et à l’assainissement. Par exemple déterminer quelles sont les pratiques de nettoyage anal (avec de l’eau ou avec des matériaux secs) et la position de défécation (assise ou accroupie) à l’aide de données secondaires et en interrogeant des informateurs clés ;
  • Identifier les zones sensibles ou hot spots liés à l’assainissement (par exemple les zones de défécation à l’air libre, les points d’eau de surface utilisés pour se baigner, se laver ou boire, les égouts à ciel ouvert, les points de rejet des eaux usées et de dépotage des boues de vidange) ;
  • Identifier les vulnérabilités spécifiques, par exemple les personnes handicapées afin d’adapter les interventions d’EAH en conséquence X.10 ;
  • Évaluer la capacité des personnes touchées et des autorités compétentes à réagir (par l’analyse des parties prenantes, via des informateurs clés et l’observation);
  • Identifier les contraintes institutionnelles et juridiques (par exemple la propriété foncière, les normes et les contraintes de rejet, etc.) ;
  • Identifier l’état des infrastructures d’EAH, les modalités de gestion et les services existants ;
  • Évaluer l’accessibilité de la zone (par exemple pour les véhicules de dépotage) et les éventuelles limites ou opportunités en termes d’espace ;
  • Évaluer la capacité de travail/réponse avec des entreprises locales et vérifier la disponibilité des matériaux de construction adaptés X.13.

Les informations clés doivent être collectées auprès d’un maximum de personnes et de sources afin de valider les résultats. Des données supplémentaires peuvent être collectées après la prise de décision à des fins de confirmation. Les principaux partenaires techniques de l’évaluation sont les ministères concernés (par exemple ceux de l’Eau et de la Santé), les ONG (internationales et nationales) et les agences des Nations unies telles que le HCR, OCHA, l’UNICEF et l’OMS.

Sources des données d’évaluation

 

Sources de données de première main  Sources de données de seconde main

  • Entretiens avec des informateurs clés
  • Discussions de groupe
  • Entretiens (semi­structurés)
  • Cartographie participative/communautaire
  • Observation et marches de reconnaissance
  • Méthodes participatives (par exemple la priorisation des problèmes, le classement en trois piles et le scrutin de poche)
  • Cartographie des fournisseurs en urgence
  • Enquêtes par téléphone mobile
  • Ministères de l’Eau, de l’Énergie, de l’Environnement, de la Santé, du Développement urbain et autorités locales
  • Données de recensement et dénombrement des ménages
  • Enquêtes démographiques et sanitaires
  • Fournisseurs d’images satellitaires mondiales (UNITAR/UNOSAT)
  • Bases de données et rapports du HCR et de l’UNICEF
  • Informations par pays sur le cluster humanitarianresponse.info
  • Autres agences des Nations unies, ONU­OCHA, ONU­Habitat et UNICEF
  • Les ONG et les agences de développement qui travaillaient dans la région avant la crise

Références

Brandberg, B. (1997): Latrine Building. A Handbook for Implementation of the Sanplat System. Intermediate Technology Publications, London

CAWST (2011): Introduction to Low Cost Sanitation. Latrine Construction. A CAWST Construction Manual. CAWST, Calgary, Canada

Harvey, P. A. (2007): Excreta Disposal in Emergencies. WEDC, Loughborough University, UK

Strande, L., Ronteltap, M., Brdjanovic, D. (2014): Faecal Sludge Management (FSM) book - Systems Approach for Implementation and Operation. IWA Publishing, London, UK

Sphere Association (2018): The Sphere Handbook: Humanitarian Charter and Minimum Standards in Disaster Response. Sphere Association, Geneva, Switzerland

IASC (2003): Initial Rapid Assessment (IRA) Guidance Notes for Country Level., Geneva, Switzerland

UNHCR (2015): WASH Manual: WASH Needs Assessment., Geneva, Switzerland

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