X.10 Conception inclusive et équitable

L’accès à l’assainissement fait partie des droits de l’homme et s’applique à tous. Les services et les installations d’assainissement, et en particulier les installations décentralisées à la parcelle et les interfaces utilisateurs, sont bien trop souvent conçues de manière standard, sans tenir compte de la diversité des besoins des différents groupes d’utilisateurs. En particulier dans la phase de réaction rapide, où le temps et l’argent sont des facteurs limitants, on privilégie souvent des modèles simples, standards et faciles à mettre en œuvre. Pourtant, il existe un large éventail de capacités et de besoins au sein d’une communauté affectée. Si la diversité des usagers n’est pas prise en compte lors de l’évaluation et de la conception, certains d’entre eux seront alors exclus des installations et des services sanitaires par ailleurs bien intentionnés.

La conception inclusive, équitable ou universelle considère que la diversité des personnes fait partie intégrante de toute société et que les besoins et les droits des différents groupes et individus ont la même valeur et sont correctement équilibrés. La conception inclusive vise à identifier puis à supprimer les obstacles potentiels et à concevoir des installations et des cadres de vie qui peuvent être utilisés par tous, indépendamment de l’âge, du sexe, de la maladie ou du handicap. Elle permet d’améliorer le sentiment de dignité et d’autonomie, la santé et le bien-être, de faciliter la tâche des aidants et de combattre l’incompréhension et l’ignorance. La plupart du temps, les adaptations nécessaires pour améliorer les installations sanitaires sont mineures et si celles-ci sont prises en compte dès la conception, les coûts additionnels sont estimés entre 3 et 7 %.

Pour que les installations sanitaires soient inclusives, il faut prendre en compte tous les groupes d’utilisateurs potentiels. Il s’agit notamment des personnes souffrant de handicaps physiques, mentaux, intellectuels ou sensoriels de façon prolongée, des personnes à mobilité réduite, des personnes d’âges différents, des personnes malades ou blessées, des enfants, des femmes enceintes, ainsi que des femmes et des filles ayant des exigences spécifiques en matière de sécurité et d’hygiène menstruelle. Certaines personnes peuvent appartenir à différents groupes d’utilisateurs en même temps (intersectionnalité) et certains des groupes d’utilisateurs potentiels peuvent être cachés ou peu visibles. Il est donc crucial d’identifier les groupes d’utilisateurs et leurs contraintes potentielles dès la phase d’évaluation initiale X.1. Il est essentiel que les installations soient construites du point de vue des personnes concernées en les consultant et en les impliquant activement dans le processus de conception et de mise en œuvre du programme. Pour mener à bien des interventions, des adaptations et des améliorations dans la conception des sanitaires, il est conseillé conduire les étapes suivantes.

Suivre et évaluer

  • Recueillir des données auprès de chaque groupe d’utilisateurs et veiller à ce qu’elles soient ventilées par sexe, âge et, le cas échéant, type de déficience.  
  • Organiser des groupes de discussion et d’autres consultations directes impliquant différents types d’utilisateurs dans des groupes d’hommes et de femmes, animés par une personne du même genre que les membres du groupe.
  • Consulter les différents groupes d’utilisateurs sur leurs besoins, afin d’obtenir des informations sur l’emplacement, l’accessibilité, la conception et l’utilisation de tous les services et toutes les installations sanitaires.
  • Impliquer les organisations de personnes handicapées et de personnes âgées dans les interventions et demander conseil aux organisations spécialisées sur la manière d’assurer l’accessibilité de tous.
  • Veiller à ce que tous les groupes d’utilisateurs concernés soient représentés dans les comités communautaires d’EAH et les évaluations.
  • Former le personnel, les travailleurs de proximité et les partenaires à la conception inclusive, à la sensibilisation aux handicaps, à l’âge et à la reconnaissance des besoins spécifiques des différents groupes d’utilisateurs.
  • Suivre la mise en œuvre des interventions pour assurer l’inclusion de tous les groupes d’utilisateurs.

Prévoir un certain nombre de sanitaires et de douches accessibles

  • Au minimum 15 % de toutes les toilettes publiques doivent être inclusives et les autres toilettes doivent être construites en minimisant les contraintes d’accessibilité.
  • Intégrer des toilettes individuelles inclusives dans les blocs sanitaires.
  • Veiller à ce que toutes les installations accessibles soient identifiées par des symboles de grande taille.

Accéde aux installations

  • Réduire au minimum la distance entre les installations publiques ou partagées et les habitations ou les shelters, pour faciliter l’accès des personnes ayant des difficultés physiques, une mobilité réduite ou des problèmes de sécurité.
  • Améliorer l’accès aux équipements publics par des voies d’accès plus larges, une pente adaptée ou des marches avec une main courante, des chemins guidés par des cordes ou des marqueurs de surface au sol, ainsi que des points de repère supplémentaires pour les personnes souffrant de déficience visuelle.
  • Prévoir des rampes d’accès à faible pente (pas plus de 1 unité de hauteur par 12 unités de longueur) d’une largeur minimale d’environ 1,5 m et des mains courantes de chaque côté (de préférence) et des bordures latérales.
  • Identifier les installations publiques ou partagées accessibles par des signes visuels de couleurs vives.
  • Distribuer des équipements adaptés comme des bassins de lit, des pots, des seaux, des sacs ou des couches pour les personnes à mobilité réduite, les personnes souffrant d’incontinence ou les personnes alitées.
  • Veiller à ce que toutes les zones dangereuses soient identifiées et clôturées.

Pénétrer et circuler dans les installations d'assainissement

  • La surface de base recommandée de latrines temporaires ou mobiles pendant la phase initiale de l’intervention d’urgence est d’au moins 120 × 120 cm et idéalement de 180 × 180 cm.
  • Pour les utilisateurs en fauteuil, l’entrée du bloc et l’espace intérieur doivent être suffisamment grands pour permettre de manœuvrer le fauteuil, ainsi que d’ouvrir et de fermer la porte. Le sol à l’extérieur et à l’intérieur doit être au même niveau ou quasiment.
  • La porte doit faire au moins 90 cm de largeur et s’ouvrir vers l’extérieur à l’aide d’une grande poignée béquille (pas de poignée ronde) et disposer d’une corde ou d’un rail pour tirer la porte et bien la fermer lorsque l’on est à l’intérieur.
  • Les serrures doivent être faciles à manipuler pour les personnes ayant des difficultés de préhension. On peut par exemple utiliser un boulon coulissant ou tournant, en métal ou en bois.
  • L’espace à l’intérieur des toilettes doit être spacieux pour manœuvrer un fauteuil roulant avec un rayon d’environ 1,5 m (selon les modèles de fauteuils, à vérifier dans le contexte de l’urgence).
  • Il faut aussi prévoir un espace de 1 m pour le transfert du fauteuil vers le siège des toilettes et de la place pour qu’un aidant puisse se tenir debout.
  • Les surfaces doivent être antidérapantes.

Utiliser les installations

  • Installer une barre d’appui ou une corde afin de faciliter les mouvements pour s’asseoir, s’accroupir et se lever. La barre ou la corde doit être installée à une hauteur d’environ 80 cm au-dessus du sol et être suffisamment solide pour supporter le poids du corps.
  • Les dispositifs de lavage des mains doivent être accessibles (hauteur adaptée, robinets faciles à utiliser pour les personnes ayant des difficultés de préhension ou peu de force) et placés à proximité des toilettes.
  • Installer des sièges fixes ou mobiles et des aides à l’assise (chaise percée, fauteuil/tabouret avec trou, siège nettoyable, fixe ou amovible et de différentes dimensions pour les enfants/adultes).
  • Le siège des toilettes ou les toilettes elles-mêmes sont de formes variées en fonction des us et coutumes des usagers et il faut consulter la population concernée, y compris les personnes handicapées, dans le choix des modèles d’installations.

Communiquer

  • Veiller à ce que tous les messages d’information et de promotion de l’hygiène en matière d’EAH soient diffusés en utilisant des moyens de communication variés (par exemple en utilisant des gros caractères, des haut-parleurs, un langage simple et des illustrations).

Exemples de conception d’accessibilité (adapté de Jones & Reed, 2005)

Concevoir en respectant les besoins des femmes

  • Plusieurs détails de conception ou des adaptations ultérieures peuvent faciliter la gestion de l’hygiène menstruelle et tendre à plus d’égalité entre les hommes et les femmes.
  • Les installations publiques ou partagées sont accessibles, bien entretenues et sexo-spécifiques.
  • L’intimité et la sécurité sont préservées par le biais de murs solides, de portes verrouillables, de couverture du toit dans les zones en terrasse, d’éclairage la nuit, de blocs protégés par un grillage, etc.
  • Les produits d’hygiène menstruelle sont fournis sur le long terme, localement acceptables, et accompagnés d’instructions ou de conseils sur leur utilisation. Ils doivent être adaptés aux besoins, financièrement abordables et si possible produits localement. S’ils ne sont pas réutilisables, il faut prévoir des solutions d’élimination et en informer les utilisatrices.
  • Des poubelles sont installées dans les toilettes pour pouvoir jeter discrètement les produits d’hygiène menstruelle.
  • Il existe des dispositifs de lavage à l’eau et au savon à l’intérieur de la cabine des toilettes et il est possible de laver et de sécher discrètement les produits réutilisables y compris en faisant en sorte que l’eau mélangée au sang puisse s’évacuer discrètement.

Toilettes bien adaptées aux besoins des femmes (adapté de l’université de Columbia et de l’IRC, 2017)

Concevoir en respectant la culture locale

Lors de la conception et de l’installation des infrastructures d’assainissement, il convient d’accorder une attention particulière à la culture des utilisateurs et en particulier lorsque ceux-ci appartiennent à des groupes culturels, ethniques ou religieux différents. Les utilisateurs auxquels les toilettes sont destinées peuvent faire le choix de ne pas s’en servir s’ils les jugent inappropriées ou peu pratiques, ou si celles-ci ne correspondent pas à ce à quoi ils sont habitués. Il faut notamment tenir compte de l’interface utilisateur (pour la position assise ou accroupie), des habitudes de nettoyage anal (par exemple papier toilette, eau, bâtons ou cailloux), du genre et de l’intimité (par exemple des installations séparées pour les femmes et les hommes). Certains groupes culturels ne sont pas disposés à utiliser les mêmes toilettes que d’autres et il existe des tabous liés à l’utilisation des toilettes, à la manipulation des déchets et aux possibilités de valorisation. Les croyances et les normes culturelles peuvent également influer sur le choix du site (les gens peuvent ne pas vouloir être vus lorsqu’ils vont aux toilettes) et l’orientation des installations. Par exemple une règle essentielle lors de l’utilisation des toilettes par des usagers musulmans est que ces derniers ne doivent être ni face ni dos au point de prière (qibla). Dans certains cas, ceci peut limiter l’éventail des technologies (par exemple la valorisation n’est pas une solution dans les sociétés où la manipulation et la réutilisation des excreta est culturellement inacceptable et l’utilisation d’urinoirs n’est pas toujours acceptée chez les utilisateurs musulmans). Les questions culturelles peuvent être multiples et doivent être abordées au cours de la phase d’évaluation X.1 afin de comprendre les besoins, les habitudes et les pratiques des populations et d’y répondre de manière appropriée.

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