C.5 Drainage des eaux pluviales

En contrôlant l’écoulement des eaux de surface des zones urbaines, le drainage des eaux pluviales contribue à éviter les inondations et la formation de mares d’eau stagnante. Ceci permet de limiter la propagation des maladies et d’éviter la formation de sols boueux.

Les eaux stagnantes, l’érosion et la boue peuvent entraîner des risques pour la santé publique, surtout lors des urgences humanitaires. Cette eau peut provenir du ruissellement des pluies (il s’agit alors des eaux pluviales) ou des habitations et des ménages (il s’agit alors des eaux grises). Lorsque les eaux pluviales ne sont pas évacuées des zones urbaines par un égout gravitaire conventionnel C.4 , d’autres moyens de gestion sont nécessaires. Le drainage des eaux pluviales revêt une importance particulière dans les camps et les zones urbaines, où le ruissellement naturel et l’infiltration des eaux sont limités en raison des surfaces imperméabilisées par les routes, les maisons et les revêtements asphaltés. La construction e canaux pour le drainage des eaux pluviales peut être compliquée dans les zones où le terrain est plat en raison de l’absence de pente, ainsi que dans les zones abruptes où la vitesse de ruissellement peut être élevée et difficile à contrôler. Les canaux peuvent aboutir directement dans un plan d’eau récepteur, comme une rivière ou un lac. Dans la phase de réponse aiguë à une situation d’urgence, les mesures d’évacuation des eaux pluviales doivent au minimum chercher à protéger des inondations les puits et les latrines ainsi que les autres infrastructures permettant d’assurer l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène (EAH). Bien que ce chapitre se concentre sur les ouvrages visant à canaliser les eaux pluviales, il existe d’autres moyens de prévenir les eaux stagnantes, par exemple en réduisant au minimum la couverture imperméable et en utilisant des systèmes naturels ou construits pour filtrer les eaux pluviales et les infiltrer dans le sol pour recharger la nappe phréatique. Ces systèmes comprennent des zones d’inondation désignées, des zones d’infiltration locales, telles que - entre autres - des tranchées d’infiltration, des noues engazonnées, des bassins de rétention et des plans d’occupation et d’aménagement des sols pensés à cet effet. À chaque fois que les caractéristiques du sol le permettent, il est préférable de gérer les eaux pluviales et les eaux grises sur place, là où elles sont produites.

Considérations sur la conception

La conception du système de drainage des eaux pluviales doit être faite par un ingénieur compétent et expérimenté. Il faut disposer de données détaillées sur le terrain, l’utilisation des terres, les pentes et les précipitations. Pour concevoir un réseau de collecte des eaux pluviales, il faut connaître le coefficient de ruissellement d’une zone, indiquant le pourcentage d’eau de pluie qui s’écoule réellement et qui ne s’infiltre pas localement ou ne s’évapore pas. Ce coefficient dépend principalement des caractéristiques du sol, de l’utilisation des terres et du relief. La pente détermine la vitesse d’écoulement des eaux. Si possible, il faut prévoir la construction d’ouvrages pour l’évacuation des eaux de pluie le long des rues et des routes d’accès. Ces ouvrages doivent toujours être construits sous le niveau des habitations afin de réduire les risques d’inondation. Les ouvrages d’écoulement des eaux pluviales peuvent être équipés de différents systèmes, tels que des déflecteurs ou des marches pour contrôler la vitesse des eaux sur les pentes raides (supérieures à 5 %). Ils peuvent être enduits (ciment, pierres, etc.) ou non, selon les exigences et la taille de l’ouvrage. Les canaux peuvent être à ciel ouvert ou fermés. Ces derniers ont l’avantage de ne pas utiliser d’espace en surface et d’empêcher l’entrée des déchets. Mais ils ont aussi des inconvénients, notamment un plus grand nombre de défaillances dues à une exploitation et à un entretien plus difficiles, comme les interventions de débouchage ainsi qu’un coût plus élevé.

Matériaux

Pour les ouvrages d’écoulement des eaux pluviales qui sont dotés d’un revêtement, plusieurs matériaux peuvent être utilisés comme par exemple des éléments préfabriqués, du ciment ou des matériaux locaux tels que le bois. Pour les ouvrages d’écoulement sans revêtement, le sol peut être renforcé avec du grillage à poule et de la végétation. Des outils de base sont néces-saires pour le nettoyage des ouvrages secondaires, tels que des pelles et des râteaux.

Contexte

Le drainage des eaux pluviales peut être mis en œuvre dans des zones régulièrement inondées, ainsi que dans les zones où les ménages génèrent des eaux grises et ne disposent pas de raccordement à un réseau d’égouts conventionnel. Les habitats informels et les camps sont souvent construits dans des zones géographiques peu favorables et peuvent être particulièrement sensibles aux risques associés aux eaux de pluie (c’est-à-dire aux inondations). Si une zone peut être aménagée avant que les résidents n’y emménagent, il convient de planifier au préalable une gestion appropriée des eaux pluviales.

Fonctionnement et entretien

Les déchets doivent être retirés des canaux d’eaux pluviales de façon régulière et en particulier avant le début de la saison des pluies ou de toutes précipitations prévues afin d’en assurer le bon fonctionnement. Après les pluies, il peut être nécessaire de retirer les sédiments accumulés dans les ouvrages, une fois que le débit de l’eau a baissé en dessous de la vitesse d’autonettoyage. Il faut également réparer régulièrement les dommages structurels, qui surviennent surtout dans les canaux à forte pente et à grande vitesse de ruissellement

Coûts

La construction d’ouvrages d’écoulement nécessite des travaux d’excavation et de transport de terre qui exigent beaucoup de main-d’œuvre. Le matériau de revêtement peut également avoir un coût élevé. Les canaux secondaires peuvent souvent être réalisés avec des matériaux locaux et la participation des communautés, tandis que les canaux primaires plus importants nécessitent des matériaux spécifiques et, dans la plupart des cas, l’utilisation de machines pour l’excavation.

Aspects sociaux

L’une des principales difficultés relatives au drainage des eaux pluviales est la mauvaise utilisation que les populations peuvent en faire, par exemple lorsqu’elles y jettent leurs déchets ou y rejettent des eaux contaminées par des matières fécales. Pour éviter cela, l’utilisation correcte des systèmes de drainage des eaux pluviales doit faire partie des activités de promotion des comportements hygiéniques X.12. Il faut également un système de gestion des ordures opérationnel X.8 et des mesures pour assurer la déconnexion complète des toilettes du système d’évacuation des eaux pluviales.

Critères de décision clés

Produits entrants

Eaux grises
Eaux pluviales

Produits sortants

Eaux grises
Eaux pluviales

Phase d'urgence

Stabilisation +
Relèvement + +

Caractéristiques des sols

Contraignantes

Niveau d’application

Ménage +
Voisinage + +
Ville + +

Avec et sans usage d’eau

à base d'eau et sèche

Niveau de gestion

Ménage +
Partagé +
Public + +

Complexité technique

Moyenne

Espace requis

Moyen

Objectifs et caractéristiques clés

Transport des eaux pluviales

Forces et faiblesses

  • Peut être réalisé avec des matériaux locaux
  • Permet l’évacuation des eaux pluviales en toute sécurité
  • Réduit les risques d’inondation
  • Exige une bonne gestion de l’occupation des sols et une bonne maîtrise de la topographie
  • Susceptible de ne pas remplir sa fonction en cas d’accumulation de déchets
  • Source de prolifération de moustiques en cas de mauvaise gestion

Références sélectionnées

Outils de planification et de conception

Cotton, A., Talyer, K. (2000): Services for the urban poor: 4. Technical guidelines for planners and engineers. WEDC, Loughborough, UK

Technologies de drainage des eaux de surface et des eaux pluviales à faible coût

Bjerregaard, M., Meekings, H. (2008): Low Cost Drainage for Emergencies. Oxfam, UK

WHO (1991): Surface water drainage for low income communities., Geneva, Switzerland

EPA (2009): Managing Stormwater with Low Impact Development Practices: Addressing Barriers to LID. EPA, UK

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