X.5 Résilience et préparation

Les mesures préventives permettent de réduire la gravité d’une catastrophe et d’en rationaliser la gestion. De nombreuses situations d’urgence se déroulent selon des scénarios prévisibles et la plupart des régions exposées aux risques sont identifiées. En même temps, les crises sont marquées par une augmentation de leur complexité et les interventions humanitaires traditionnelles s’avèrent insuffisantes. Les acteurs de l’aide d’urgence et du développement doivent donc mettre en place des mesures de prévention ou d’atténuation afin de lutter contre les vulnérabilités sous-jacentes et de renforcer les capacités pour mieux faire face aux chocs futurs. Les mesures préventives consistent notamment à renforcer la résilience, à améliorer la préparation en cas d’urgence extrême et à réduire les risques de crise (voir tableau). Elles font partie intégrante de la planification de l’assainissement et des stratégies de développement nationales, régionales et locales.

Tableau: Mesures préventives, définitions et impacts sur les infrastruc­tures d’assainissement

 DéfinitionPrincipaux aspects liés aux infrastructures sanitaires

Résilience

Capacité des pays, des communautés, des individus ou des organisations qui sont exposés aux catastrophes, aux crises et aux vulnéra­bilités sous­-jacentes à gérer le changement.

  • Mise en place d’infrastructures d’assainissement solides et durables adaptées aux conditions locales extrêmes.
  • Renforcement des capacités en matière de construction, de réparation, de fonctionnement et d’entretien des infrastructures d’assainissement.
  • Mesures de promotion et de sensibilisation à l’hygiène.
  • Mise en place de structures communautaires (comités WASH et clubs de santé).
Préparation

Mesures de précaution visant à renforcer la capacité de la population touchée et concernée à répondre immédiatement.

  • Plans d’urgence et de préparation aux situations d’urgence, notamment sur la manière de traiter les eaux usées lorsque les réseaux d’égouts ne fonctionnent pas, et les techniques pour faire face à la contamination fécale des sources d’eau.
  • Stockage des équipements et disponibilité des matériaux/ infrastructures d’assainissement.
  • Services d’urgence et dispositifs de réserve.
  • Création de réseaux de soutien entre les différentes régions.
  • Renforcement des capacités et formation des volontaires ainsi que du personnel d’urgence.
  • Renforcement des structures locales par la planification communautaire et la formation.
Réduction des risques de catastrophe

Ensemble de mesures préventives (dont la résilience et la préparation) qui visent à par des efforts systématiques d’analyse et de réduction des facteurs responsables des crises.

  • Réduire l’impact potentiel des risques sur les équipements et les services d’assainissement (résilience et atténuation)
  • Garantir un retour rapide de la fonctionnalité des infra­ structures et des prestations de service après la crise (préparation).
  • Veiller à ce que la conception des systèmes d’assainisse­ment tienne compte des vulnérabilités antérieures (reconstruire en mieux et de façon résiliente).
  • Veiller à ce que les services d’assainissement aient un minimum d’effets négatifs sur la société (ne pas nuire).

Résilience

La résilience est la capacité des pays, des communautés, des individus ou des organisations exposés aux catastrophes, aux crises et aux vulnérabilités sous-jacentes à gérer les changements. Pour y parvenir, il faut anticiper, réduire les effets d’une situation difficile, y faire face et s’en remettre sans compromettre les perspectives à long terme. Le renforcement de la résilience implique un engagement et des investissements à long terme. Il nécessite une analyse approfondie des crises passées, des causes sous-jacentes de la vulnérabilité et des atouts humains, psychologiques, sociaux, financiers, physiques, naturels ou politiques existants à différents niveaux de la société. L’objectif est d’élaborer des mesures appropriées au niveau local qui peuvent être intégrées dans les structures et les processus existants afin d’accroître la capacité et les compétences des acteurs concernés et leur potentiel d’auto-organisation. Les éléments essentiels permettant d’améliorer la résilience sont notamment le développement des capacités, la formation, l’éducation, la sensibilisation et le plaidoyer, ainsi que l’amélioration de la robustesse et de la durabilité des technologies et des services d’assainissement mis en œuvre.

La robustesse (ou solidité) est la capacité d’une technologie à obtenir des performances satisfaisantes dans un environnement variable. Il est fondamental que les technologies d’assainissement soient résilientes en situation d’urgence, ce qui signifie qu’elles doivent pouvoir continuer à fonctionner malgré les perturbations (coupures de courant, pénuries d’eau et inondations par exemple). Il est donc important de réfléchir à la robustesse dès la phase de conception des systèmes d’assainissement. Compte tenu des incertitudes, il est conseillé de concevoir ces systèmes de manière à ce qu’ils soient fonctionnels dans différents types de scénarios. Par exemple la construction de latrines surélevées et résistantes aux inondations peut éviter le débordement des boues de vidange en cas d’inondation et les stations d’épuration doivent être équipées de déversoirs d’orage. Il n’existe pas de « solution miracle » pour concevoir un système d’assainissement robuste. Chaque technologie possède des forces et des faiblesses spécifiques en fonction du contexte local ainsi que des compétences et des capacités dont on dispose.

La durabilité est la capacité d’une technologie à fonctionner longtemps sans détérioration significative. Elle permet de réduire les coûts de fonctionnement et d’entretien (moins de ressources nécessaires, moins d’usure) ainsi que les risques de défaillance. Le choix des technologies doit prendre en compte les capacités locales en termes d’exploitation, d’entretien, de réparation et d’accès aux pièces de rechange. Il est parfois préférable de choisir un niveau de service plus faible, pour éviter de se trouver face à une situation de panne dans laquelle les équipements ne peuvent pas être réparés (par exemple les pompes, les broyeurs, etc.). Pour accroître la durabilité de la plupart des technologies de traitement, il faut mettre en place un dispositif de prétraitement.

État de préparation

Le manuel Sphère définit l’état de préparation comme un ensemble de mesures de précaution prises en vue de scénarios de crise anticipés, pour renforcer la capacité de la population et des organisations concernées à réagir immédiatement. Le niveau de préparation découle des capacités, des relations et des connaissances développées par les gouvernements, les agences humanitaires, les organisations locales de la société civile, les communautés et les individus pour anticiper et répondre efficacement à l’impact des dangers potentiels et imminents. Les personnes à risque ainsi que les organisations et les institutions responsables doivent être en mesure d’effectuer tous les préparatifs logistiques et organisationnels nécessaires avant l’événement potentiel et savoir quoi faire en cas d’urgence. Outre les systèmes d’alerte précoce et l’élaboration de plans d’urgence, il peut s’agir de constituer des stocks de matériel et de mettre en place des plans d’évacuation.

Prévention et réduction des risques de catastrophe

La réduction des risques de catastrophe (RRC) est un terme générique qui recouvre l’ensemble des mesures de prévention, dont celles décrites ci-dessus dans les rubriques « résilience » et « état de préparation ». La RRC a pour objectif de réduire les risques de catastrophe par des efforts systématiques d’analyse et de limitation des facteurs de déclenchement. Il s’agit par exemple de mesures visant à réduire l’exposition aux risques, à atténuer la vulnérabilité des personnes et des biens, à gérer correctement les terres et l’environnement et à améliorer la préparation et les systèmes d’alerte rapide. La mise en place de mesures pertinentes de RRC repose sur une bonne analyse des risques. Elle permet d’évaluer l’exposition potentielle des communautés, la vulnérabilité de la société et des infrastructures, ainsi que la capacité des communautés à faire face aux dangers. L’importance de l’approche de RRC est de plus en plus reconnue par la communauté internationale. Historiquement, les acteurs du développement se sont peu investis dans la RRC et la prévention, que ce soit en raison d’un manque de sensibilisation, d’incitations ou d’expertise en matière d’urgence. Ces dernières années, la RRC et la prévention des conflits sont devenues des sujets transversaux qui relèvent des instruments d’aide d’urgence, de relèvement et de développement. Des services d’assainissement non-fonctionnels ou inadaptés peuvent être eux-mêmes la cause d’une catastrophe, et une catastrophe peut aussi rendre ces services inopérants, ce qui accroît encore davantage le risque de crise. La prise en compte des risques de catastrophe est donc désormais perçue comme essentielle lors de la mise en place de services d’assainissement, que ce soit dans une situation d’urgence, de relèvement ou de développement.

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